Une petite balade

Une petite balade

17h, flash info : Trump attaque l’Iran. Alors aussitôt, il éteint la télé. Fatigué, comme s’il portait seul le poids de toutes ces folies perpétrées par ces despotes, ces magnats, ces gens dits de pouvoir mais qui ne sont, en vérité, que des marionnettes, des guignols sans qu’on sache exactement qui tire les ficelles, qui les tiennent dans leurs mains, sans doute est-ce tout simplement l’ignorance se dit notre homme, haussant les épaules tout en finissant de lacer ses chaussures. Il descendit jusqu’à la rivière et emprunta le chemin de halage. Marchant tout   en portant toute cette actualité lourde, essayant de la chasser comme on chasse une  mouche ou un taon mais  qui  revient sans cesse, obstiné. Au bout de 3 km, il s’assit sur un banc, face  à la rivière, tranquille, sereine, indépendante, neutre au possible, voire même impassible, ne se préoccupant guère de ces orages de boniments, ces tornades d’aberrations, cette météo des puissants qui font le mauvais temps, l’azur et la paix ils les refusent, les lapident, les piétinent. Assis sur son banc, il eut soudain cette pensée absurde : l’éternité, ça n’existe pas. Et nous sommes prisonniers du temps. Quand un murmure lui parvint : Mais qu’est-ce que le Temps, qu’est-il vraiment ? Est-il ce tic-tac absurde, éternellement lancinant, ce métronome orchestré par un grand Maître inconnu ? Eh bien je vais te dire ce qu’est le Temps, du moins quelques rudiments, ce sera bien suffisant. Tu as déjà l’esprit bien encombré, ce n’est pas la peine de le goinfrer, le bourrer jusqu’à la limite de la folie. Eh bien, homme de bonne famille, sache que le  Temps n’est qu’une brindille de lumière.  Regarde cet arbre un peu plus loin, son feuillage est rempli de brindilles de lumière. Il y en a bien une centaine, peut-être même plus.  Alors imagine un arbre géant, un arbre si haut qu’il dépasse dix milliards d’années-lumière  et au houppier si large qu’il en fait autant.  Tout son feuillage est rempli de brindilles de lumière, des milliers, des milliards de brindilles de lumière et qui sont ses fruits, rien de moins, rien de plus. Ne me demande pas où cet arbre plonge ses racines ni de qui il reçoit sa lumière, je t’en parlerai un autre jour, si tu veux bien. J’ai le Temps. Je reviens à cet arbre géant  chargé ô combien de fruits de lumière, certains sont petits, d’autres à peine plus grands et si tu regardes dans le haut du feuillage, tu remarqueras que certaines brindilles de lumière sont très longues. Et bien, chaque brindille est un espace-temps au sein duquel évoluent des êtres, différents certes, certains sont géants, d’autres lilliputiens, d’autres invisibles  et pourtant bien vivants, bien réels, vraiment. Tous évoluent dans ces espace-temps. Imagine qu’une brindille de lumière faisant 1 mm comprenne 1000 ans. Alors combien font celles-ci un peu plus haut, 1 mètre, dix mètres, ne compte pas, ne mesure pas. Tous ces fruits du Temps sont sur un même arbre, offerts par le Vivant. Chacun est libre de ses choix, parcourant son espace-temps au gré de ses envies, de ses besoins, de sa cupidité, son avidité, son ambition, sa convoitise. Ces derniers paramètres faisant l’actualité du moment, ce tout petit morceau de brindille de lumière choisi par des ignorants pour guerroyer, pour conquérir, pour régner en despote. Là oui, mon garçon, ce temps choisi par tous ces puissants est vraiment une perte de temps, un gâchis, une gabegie, un si court laps de temps que peut-être une existence qui, même longue de 100 ans, fait à peine un millième de millimètre sur ce fruit, cette brindille de lumière cette existence passée à courir après des illusions, passée à  accumuler des richesses, à conquérir à haïr, à envier, à mépriser les autres qui sont différents. Quelle perte de Temps, mon garçon ! Alors que si tu veux profiter de ce court laps de Temps qui t’est offert, il faut t’arrêter de courir, de te précipiter. L’homme soi-disant civilisé court tout le temps ; IL ne sait pas vraiment pourquoi il court mais c’est comme ça, et à la fin de ce court laps de temps, il va se retourner et constater, effaré qu’il n’a pas profité du Temps, sans cesse poussé à aller plus vite, à être plus qu’ambitieux, n’hésitant pas à écraser des innocents pour  sa  propre gloire, son arrivisme incohérent, son nationalisme guerrier. C’est tout juste s’il aura pris le temps de s’asseoir sur un banc, sur une pierre, sur une plage, au sommet d’une montagne ou dans un désert au silence assourdissant pour se vider l’esprit de tous ses soucis, ses empressements pour le remplir de ce Vivant, ce souffle ô combien salvateur. Vivre à cent à l’heure, tu parles d’un mensonge ! Nul ne profite de la vie s’il ne croit nullement à la contemplation, au repos enrichissant. Le Temps c’est de l’argent ! Mon cul ! Oh pardon j’ai juré ! l’argent est le nerf de la guerre ! billevesée ! l’argent n’est rien d’autre qu’un moyen permettant de déployer des énergies positives, rien d’autre. Surtout pas un bombardier, un porte-avion, des obus bio, des drones kamikazes, tout cela n‘étant que perte de Temps. Lève-toi ! dit soudain le murmure. L’home se leva de son banc, se massant les reins et prenant sa canne pour s’y appuyer.

Tu n'en auras nul besoin ! et la canne de quitter sa main pour aller plonger dans l’eau de la rivière. Il sentit une main dans son dos lui signifiant d’avancer. Alors il marcha sur le chemin de halage et pris d’une assurance, envahi par une audace, l’esprit libre de toute actualité, il se sentit de plus en plus léger et vit ébahi le chemin s’élargir et monter, toujours poussé par cette main. Il suivit plein d’allégresse, étonné comme un gamin ce chemin qui s’élargissait et s’élevait très loin, et bordé d’arbres géants faisant de temps à autres des couverts imprégnés de brindilles de lumière puis laissant tout à coup la place  à un  ciel azuré habité par des oiseaux immenses, la plupart faisant du surplace, se laissant porter par quelque souffle joueur et frivole, un peu volage même, fantasque. IL vit des murmurations d’oiseaux bleus, chorégraphiant leur danse du Vivant, le remerciant du fond du cœur. Il croisa, dépassa des êtres-flammes, des géants, des êtres différents, toute une variété de vivants mais tous habités par la même ferveur, par le même remerciement, avec toujours dans son dos cette main. Cette main qui le poussait doucement, lui faisant admirer une petite partie de la Création. Il survola des villages étonnement beaux, habités par des êtres heureux qui, rien qu’à les regarder, qu’à croiser leurs regards, on savait que depuis bien longtemps, ils s’étaient débarrassés de tout boniment, de cette ambition suicidaire autant que meurtrière. Il grimpa jusqu’en haut de l’arbre géant et la main, le lâchant, lui offrit de se poser quelques  instants sur une branche pour admirer  ce feuillage géant chargé de brindilles de lumière. Pour admirer   une partie de la Création (une toute petite partie lui souffla le murmure) pourtant immense, infinie, déployant au gré du mouvement, du souffle vertueux, ces fabuleux Mondes. Ces firmaments féériques, ces galaxies prodigieusement vivantes.

Il est temps de redescendre, dit le murmure et l’homme se laisser guider vers la Terre, qui tout en bas, était habitée par tant d’ignorants qui fonçaient tête baissée, infestée de lourds faisant la pluie, les orages de fer et d’acier, les tornades  d’horreurs qui emportaient tant d’innocents. Quand il ouvrit les yeux, assis sur son banc, il vit à côté de lui une petite dame qui prise de panique s’était levée interloquée par cette apparition. Mais qui êtes-vous ? Demanda la dame, d’une voix tremblante.

Qui je suis ? Mais un simple promeneur comme vous d’ailleurs. Un tant soi-peu rassurée, elle lui rendit un sourire et se rassit sur le banc. Tous deux restèrent jusqu’au soir et même une bonne partie de la nuit, comme deux amis, deux camarades de promo se retrouvant.

Que le Temps passe vite dit la petite dame en soupirant. J’ai parfois l’impression que c’était hier, cette jeunesse, ce temps que je parcourais, insouciante, innocente.

Pourquoi dit-on d’une personne qu’elle est innocente, qu’elle traverse le Temps avec insouciance réplique l’homme. Et dire qu’on va juger une personne la désignant coupable d’innocence. Mais leur réalité, nous n’en avons que faire, leur Temps pressé comme un fruit mûr nous n’en avons que faire ! Disant cela, il regarda la dame qui opinait du chef, souriante. Ce  fut un pêcheur qui les découvrit endormis, à l’aube, dans les bras l’un de l’autre, sur ce banc. Ils semblaient dormir si bien, souriants, qu’il s’éloigna un peu pour ne pas les déranger.

 PS : En fait, cet homme et cette petite dame, ne se connaissant pas, ne s’étant jamais vus, faisaient exactement le même rêve fabuleux. Encore un cadeau de ce murmure, frivole, joueur,

badin, espiègle, toujours à l’affut d’un être perdu, pour le guider, lui offrir ce dont il a vraiment besoin, mais l’ignorant totalement, enfoui sous des couches de boniments, des épaisseurs d’ignorance. Le rôle de la lumière n’est-il pas justement de se glisser dans des  esprits  totalement fermés, hermétiques au Vivant, en profitant de la moindre ouverture pour s’y glisser. Heureux les fêlés qui laissent entrer la lumière et tant pis pour ces lourds, aveugles et sourds, viendra bien un jour où l’un de ces potentats s’assoira sur un banc. J’ai tout mon temps ! Conclut le murmure.         

Michel labeaume

Date de dernière mise à jour : 01/03/2026

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