Saisons

Saisons

Bien sûr, les Automnales se sont glissées au gré d’instants propices au changement, un peu comme un géant dépose un grain de vie aux pieds de Dame Nature qui alors, s’en fait des colliers de couleurs au léger pastel. Les feuilles ont dansé afin d’étendre ensemble sur un sol humide l’harmonie de teintes et de silences. Quelques jeux de brumes surpris par les fraîches aurores s’effaçaient à leur mesure dès les premiers rayonnements. La Terre porte avec ferveur ce qui l’embellit offrant aux visiteurs toute une encyclopédie de savoirs et de mystères. Las, un vivant dominateur s’est accaparé les lieux, oubliant son statut de passager, érigeant sur le béton et le sol dévasté des forêts la puissance de ses inepties. Mais Gaia a cet unique devoir, cette unique charte héritée de la Création, d’offrir et de sublimer. Quand bien même la loi de cause à effet secoue parfois son corps meurtri, elle n’est ni féroce, ni vengeresse. Elle est Vie. Et voilà l’hiver qui chuchote des flocons, les paysages se recueillant dans une sourde blancheur, l’immaculé ici destiné à s’isoler seul ou ensemble dans ce froid et cette blancheur afin de purifier les pensées, effiler les soucis et ce tout en regardant les flammes de l’âtre frétiller. Comme dit le poète « La neige est le chausson du Silence » (J.C. Sangan). Las, dans les palais des gouvernants, on ourdit force lois destinées à mater, destinées à endormir et destinées à garder dans l’enclos. Pouvoir et puissance sont deux reptiles se faufilant dans les philippiques exacerbées, les diatribes rédigées par des affidés, toujours égéries de l’Ombre. Mais l’étang de l’aube aura toujours cet attrait sibyllin, surtout quand la présence du Cygne trace un sillage de vie. Mais le printemps rajeunit les esprits engourdis. Gaia continue son rôle, l’horloge du non-temps et le sablier renversé étant ses deux phares de lumière afin de continuer à naviguer sur cet océan infini à l’horizon d’éternités. L’amour jaillit en corolles, la sève nourricière veut grandir son porteur, veut déifier son maître. Tout est renouveau, renaissance, mouvement des mouvements accompagné de ces lumineux firmaments, guidant pourtant la planète ecchymose afin qu’elle rejoigne le grand cortège des joies, et redevienne enfin bleue. Les peuples en ont assez, plus qu’assez de ces maîtres engourdis dans leur uniforme de gardiens du Temple et fouettant l’innocent jusqu’au sang afin qu’il obéisse. Et voilà, la roue a presque achevé un tour complet sur cet itinéraire tracé de la Source et rejoignant l’Un-connu, espérant que ces êtres dévastateurs un jour, un beau jour, sauront enfin admirer au lieu d’envier et aimer offrir au lieu d’accaparer.

Michel Labeaume

17.04.2021

 

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