Heures bleues

Heures bleues

Un champ de soleil timide aux herbes chatoyées de brume. Pastels de nuances, puis l’incandescence assume l’éveil. L’humide se fait joaillier, qui sur une feuille, qui sur une toile d’araignée, en parfait l’écrin. Draps de satin rouge-orangé sur le levant, les feuillages des vénérables fournis de ces nouveaux fruits que sont les chants. La nuit bleu acier s’enroule à l’autre firmament, le ponant se fait mystère au-delà du temps. Rien ne peut décrire mieux que le Silence ces pages d’instants. Dire qu’en deçà de ce réel, trop de poids lourds aux boniments. Jusqu’à l’heure du rideau tiré, fin de la pièce dans ce théâtre des sublimes, je serai présent, à m’en soûler. Un jour pourtant, et ce sera un jour lumineux, ils comprendront enfin, ces riches et ces puissants, et leurs nuées de corbeaux, que l’or d’’une aube et les robes de légèretés qui l’habillent sont plus enrichissants et empreints d’une force née d’un éternel mouvement. Les banques et les coffres sont des immobiles creusant des abîmes sur la trajectoire du Vivant. J’ai vu et pendant encore combien de temps les verrai-je, ces regards hagards des enfants déracinés, perdus dans une houle au bord de laquelle les dominants sont encore plus égarés dans leurs écheveaux de problèmes trop politisés. L’humain s’absente de ces âmes endolories par leur aveuglement, leur croissance, leur développement. Mais sais-tu ô mon enfant l’insignifiant et le stérile d’un bulldozer démolissant ? L’univers est autant une unique fleur déployant son parfum à l’heure bleue avec le chœur de quelques oiseaux qu’une galaxie lointaine, mais pourtant unie à tous ces mondes que la lumière féconde sait faire grands. Le Grand Mouvement. Eternel Changement. Leur temps qui se démontre ne fait qu’injecter de ses aiguilles, le produit dopant pour courir et arriver premier en haut de l’échelle tenue par d’illusoires fondations. Une existence n’est qu’un simple épisode dans le déroulement de vies issues d’une Source à la saveur de fraternités. Mais nul n’est obligé. Le choix sera toujours possible. C’est l’homme lui-même qui entretient son parcours, le fait évoluer, jardin foisonnant ou composteur de miasmes et de relents. J’ai bâti ce Temple à l’intérieur de ma poésie, temple où tous les peuples se rejoignent, dansent ou s’assoient, jusqu’au soir ou toute la nuit, sous des guirlandes galactiques et s’endorment au petit matin, sauf pour quelques-uns, encore et toujours inassouvis d’aurores fécondes où la lumière est Vie. D’aucuns encore alourdis par leurs œillères, même s’ils me lapident de mots pesants, sauront un jour entrevoir leurs errements. Et la faconde de ces instants de point-du-jour saura toujours mouiller sa plume dans l’encrier du Silence pour prouver que la persévérance peut se vivre autrement.

Que c’est triste Venise

Quand on y applaudit

Un migrant qui se noie.

Que c’est triste une terre

Où l’on fait un croche-pied

A ce migrant aux abois.

Et l’enfant qui pleure

Se demande pourquoi le malheur

Est devenu loi.

Que c’est triste un Monde

Où des aveugles et des sourds

Ne le sont pas plus que moi.

Michel Labeaume

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