Evhémer

 

Evhémer

Souffle-moi Héraut le chant de ces farandoles dansées par les âmes fécondes aux abords d’une nuit d’été parsemée d’étoiles ! Ô homme au vœu d’être transformé, tant que les pouvoirs racolent dans l’immonde pour servir leurs intérêts, sois serein dans le Silence t’habillant de son Voile. Autant ces parvenus agrippés à la prépotence, âmes perdues dans leur suffisance, autant toi et tes amis, cœurs pulsant la puissance de ce nouveau flux, âmes levées au regard vers l’Abondance, êtes acteurs de l’Absolu. Ne brûlez pas les étapes, ils s’égarent dans leurs compétitions, soyez la douceur qui frappe les esprits en déraison.

La brise de l’aube, fraîche et déjà joueuse, caresse les ailes de la Colombe, à qui la Paix incombe d’offrir la voie heureuse. Au-delà de son aire, dans les firmaments infinis, elle picore dans les corolles de lumière un nectar de vie qu’elle va déposer dans les yeux des naissances pour combler l’oubli. Et ces enfants à naître auront le regard fenêtre ouvert à l’éternité.

Souffle-moi Héraut le nombre de jours encore à supporter ces lourdeurs et ces machinations obscures pour garder dans l’enclos ces peuples abandonnés. L’énergie est la sève de l’arbre de vie. C’est dans sa certitude et son devoir qu’elle tire sa force de procurer d’autres racines, d’autres branches, afin de porter et d’offrir de nouveaux fruits. Laisse-toi porter par son élan qui, plus que sa vitesse, est l’évidence de sa victoire. Oublie le temps. Laisse tomber les aiguilles des horloges décideuses de courses effrénées vers le Néant. Pose tes mouvements dans l’instant, comme le semeur et le jardinier, le soigneur et le dévoué. Non comme le chef de guerre brandissant son bouclier sans savoir qu’il appelle là la lance qui veut le transpercer.

L’heure semble effacer sans prévenir la lumière du jour se voilant d’orange et d’humilité. Le crépuscule déroule son voile pour accueillir d’autres chants, d’autres murmures, accompagnés dans l’obscur par des constellations magnifiées.

 J’aperçois le migrant qui tombe à l’eau et se noie. J’aperçois l’ouvrière au corps de souffrances pour à peine quelques pièces et surtout enrichir les parvenus. J’aperçois ces hommes de pouvoir voulant être roi du Monde achetant, achetant ce qui s’accumule sans savoir que ce sont ces pierres du ridicule qui feront leurs tombeaux. J’aperçois ces corbeaux de l’évènement, sans cesse à faire de chaque tourment une nourriture à jeter dans les kiosques. J’aperçois ces médecines corrompues par le pouvoir et l’argent affichant leur morgue devant les caméras de l’indifférence soumises à la grandiloquence de vérités grotesques.

Souffle-moi Héraut, l’heur du repos de l’esprit afin qu’il soit enfin ce fruit de l’âme, plus haut que leurs drames enfoncés comme des poteaux autour des champs de bataille faisant de ces enclos des geôles   à ciel ouvert toisées par des racailles faisant ripaille sur les gradins de leurs potentats.

Demain lève-toi avant l’aube et va cueillir ces brindilles de lumières sur l’étang à peine éveillé. Nourris ton esprit, ton âme de ces rubans d’orangé fourmillant de sérénité pulsée par le Levant. Nourris-toi de sa grandeur. Car c’est avec elle que tu pourras les remettre debout.  

Sur le toit du Monde, disent les corbeaux, le milliardaire des milliardaires. Quelle billevesée ! Il n’y aura jamais rien d’autre sur le toit du Monde qu’un simple portique de vieux bois à franchir enfin libéré. Et sur le toit des Mondes la Source des sources à laquelle chacun peut s’abreuver.

1er mars 2021

Michel Labeaume

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