Aux croisées

Pour les cimes des arbres consacrant leur silence à la glorification de l’Uni-Vers. Pour les racines qui, toujours dans l’ombre, leur préparent les noces de lumière. Pour les rochers millénaires posés dans la poussière, témoins immobiles des souffles et des changements, eux-mêmes serviteurs de l’éternel Mouvement. Pour ces étendues d’horizons qui fuient, parsemés de grains semés au gré des siècles et des histoires écrites dans le je des êtres. Pour ces océans sans cesse offrant la houle à la connivence des firmaments, jouant avec les étoiles en offrant aux voyageurs des brindilles de lumière. Pour ces hauts sommets touchant l’inaccessible, celui-là même invitant à conquérir nos propres hauteurs dans le secret entr’ouvert de nos âmes pèlerins. Pour ces plaines étendues sous les sabots des libertés, leurs galops exaltant la Vie. Pour ces ruisseaux à la jeunesse hardie, coulant des jours bénis dans le jeu créateur des paysages infinis dont la beauté est autant une offrande qu’un temple sacré. Pour ces pauses d’une minute ou d’une heure, ou même d’une journée, destinées à enlever sa montre, à tout ce qui nous menotte au temps-argent et observer en souriant le lointain touché par l’aurore ou magnifié par le crépuscule. Pour cette paix qui, alors, nous bouscule dans notre poitrine, once de vivant ne demandant rien d’autre qu’on s’en saisisse en souriant. Pour l’enfant voulant grandir peut-être pas dans un paradis mais dans chaque parcelle d’existence cultivée pour semer et offrir ses nourritures à celui qui passe, à celui qui geint, à celle qui pleure, à ceux qui ayant reçu, seront dès lors donner. Pour le guerrier las d’irriguer sa terre avec du sang, et retourne à Lui-même, Celui qui veut être Grand. Pour celui qui, enfin, murmure « pourquoi pas ? » et ressent une telle assurance sous son nouveau pas que ses mains en tremblent et son regard devient émoi. Pour celui qui prendra sa gomme et effacera l’Histoire des hommes et ses sempiternels recommencements. Pour ceux qui, fatigués des monuments aux morts, planteront l’Arbre du Vivant. Pour celui qui ressent soudain la certitude d’être visiteur-terrien, comme l’autre, son voisin, ou celle encore plus loin, plus avec un cœur qui bat qu’une couleur de peau. Être visiteur. Terrien. Frère de cœur, frère humain, as-tu compris que le racisme ce n’est que l’ombre, et l’ombre aura toujours le même teint, alors que les couleurs sont un tableau qui se peint, pour effacer cette ombre, perfidie des esprits lourds qui ne peuvent boire l’eau dans leurs mains tant qu’ils serrent le poing. Pour l’enfant-indigo ayant choisi de venir avec tout ce qu’il faut, pour apprivoiser le chef de guerre, apprivoiser le bourreau. Pour la fleur qui saura pousser dans quelques milligrammes de terre. Pour les racines qui de toute leur patience, crèvent le béton. Pour cette Humanité aveugle voulant sortir de l’oppression. Pour ces dominants sourds, avides de pouvoir et de considération. Pour les inciter à cesser, sans regarder en arrière, mais plutôt devant eux, là où il y a tant d’enfants leur tendant la main pour aller saluer un nouveau Je.  

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