Peuple

Un Peuple

Pour Martine, pour Jules, pour Claudy, pour Yasmine, pour Chantal, pour Nathalie, pour Daniel, pour Helmut, pour Vladimir, pour Boris, pour lan, pour Chan, pour Henry, pour William, pour John, pour Thomas, pour tous ces gens qui se lèvent chaque matin, qui comptent pour la Terre, cette Mère, qui pleurent, qui rient, qui souffrent, qui endurent, mais qui ne disent rien. Qui se lèvent chaque jour pour arpenter ces heures de labeurs sous la menace, sous le fantôme de la précarité, sous les harangues vociférées, sous les pluies torrentielles d’autorité, d’exigences, d’ordonnances, de lois et de décrets, pour tous leurs frères, pour toutes leurs sœurs, pour tous ces parents, pour tous ces gens qui se lèvent chaque jour que ce soit à Taïwan, Singapour, Moscou, Soweto, Prague ou Rio, Berlin, Strasbourg, Oulan-Bator, Kigali ou Soweto, Ils se lèvent tous chaque matin sous un même ciel, sous un même refrain, celui murmuré par le Vivant, par le chant des ruisseaux, par le vent sur les sommets, par les sentiers tracés par nos aînés. Ils existent tous ces gens, ne veulent d’argent que pour assurer leur confort matériel, mais veulent surtout retrouver le verbe vivre, le verbe aimer être vivant ! D’un côté le temporel, de l’autre l’infini ! Vous ne savez plus faire la différence pourtant elle est flagrante, omniprésente à travers ces horizons qui se devinent, au-delà de ces moissons qui se terminent par des chants, des danses, des  feux de joie, heureux de vraiment vivre ! Vous, gens de pouvoir, vous vous êtes engouffrés dans le temporel comme le ver dans le fruit, entraînant derrière vous trop de persuadés que suivre le pouvoir, c’est la solution, que l’obéissance et la soumission sont gages de sécurité. Une armée de dociles, de déférents alors que par ailleurs, dans tous les recoins, dans tous les champs, les rizières, les palmeraies, les champs de blé, les immensités semées, travaillées par tous ces gens qui se lèvent chaque jour pour être, pour vivre vraiment, pour contempler la lumière de l’aube dans la baie d’Halong, dans les monts Rushmore, au sommet du Mont-blanc ou dans la savane africaine, dans l’Himalaya, le désert de Gobie, au Chili, en Jamaïque, à Manhattan ou au Kremlin, ce sont tous des gens qui se lèvent chaque matin pour se sentir vraiment vivants et non plus exister simplement pour ce pouvoir vermine qui creuse le fruit pour le dévorer, qui fait souffrir la Terre-Mère, s’offrant pour le partage et non pour le posséder . Savez-vous que nous ne sommes que de passage ? Et qu’il faut moins en profiter pour accumuler que parvenir à cette sensation merveilleuse de liberté en partageant, en échangeant, en offrant nos mains pour aider à semer, aider à marcher le vieux, la vieille, l’indigent ou le mendiant, cette sensation merveilleuse de liberté provient, émane, surgit du Vivant, comme un pétale se découvre, comme une brindille de lumière accrochée dans un feuillage, comme le chant des dunes caressées par le souffle des Temps, comme un sourire accueillant l’étranger reconnu frère, reconnu élément vivant d’une Humanité, ce peuple divisé en hordes guerrières, politisées à outrance, véhémentes autant qu’assourdies par ces sempiternels discours crachés de la bouche d’un politicien-volcan, ce peuple-humanité qui chaque jour se lève, aux quatre coins du Monde et entrevoient, du moins pour certains, derrière ces horizons d’autres immensités se déployer, se laissant deviner, entendre vaguement comme un appel silencieux du Vivant. Aussi nous n’avons que faire de ces identités trop lourdes, trop pesantes, nous sommes toutes et tous, que ce soit en Chine, au Japon, à Paris ou à Johannesburg, à Calcutta ou à Cuba, nous sommes toutes et tous humains, simplement humains d’une même planète, d’un même Monde qu’il faut relever pour le sortir de son immonde politisé à outrance, et qu’il retrouve enfin la faconde du Vivant, n’ayant jamais cessé de murmurer son chant de Vie et que vous ne pouvez entendre à travers l’épais brouillard de vos cris, vos hurlements, vos exigences de puissants. Videz donc vos poches, gens de pouvoir et descendez de vos estrades pour accepter la main que vous tend un jeune semeur, qu’il soit chinois, américain, français, taïwanais ou colombien, c’est un jeune semeur d’humanité. Il a les poches pleines de graines prêtes à germer. Ne refusez pas son offre de semer avec lui, vous verrez à quel point la vérité peut surgir d’un champ récemment retourné, labouré par des chars et là, en un geste de semeurs, un simple geste de semeurs, offrir la sensation miraculeuse de liberté, liberté d’aimer vivre, Vivre vraiment.

Pour Martine, pour Jules, pour Claudy, pour Yasmine, pour Chantal, pour tous ces enfants du Vivant qui jamais ne cessera de murmurer son chant. Ils sont moins palestiniens qu’enfants de l’Humanité ! Ils sont moins américains que frères chantant ce refrain puisé tout au fond de leur intuition, cette source sacrée offrant sa plus belle eau : celle de ce diamant qui, chaque matin se lève pour se sentir vivant.

Entre une croisière sur un paquebot somptueux et un bateau de fortune rempli de migrants, mon choix est fait. Je n’ai même pas à choisir, je suis d’emblée dirigé vers cet enfant qui pleure, qui a peur, réfugié contre le corps tremblant de froid d’une mère ou d’un père. Ecoute le murmure de ton Vivant ! lui seul sait quel chemin, quelle voie tu dois emprunter pour grandir, pour déployer ton Vivant comme un oiseau géant, blanc immaculé et se lançant  du haut de sa montagne au-dessus de ces immensités, porté par un courant ascendant et même pourquoi pas, peut-être survolera-t-il cet oiseau géant, blanc immaculé, ce paquebot rutilant et sur le pont duquel il se laissera aller à lâcher une fiente. A vos brosses moussaillons !!

Michel Labeaume

Date de dernière mise à jour : 02/01/2026

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