Les déserteurs

Les déserteurs

 

                Les éclats de lumières écrivent un langage connu d’eux seuls et peut-être aussi du ciel aux nuées changeantes. Cela leur donne une richesse joueuse et frivole influant mon regard devant cette immensité de vie, océan servi dans la main ouverte d’un horizon appelant le voyage. Il suffirait d’une seule barque, vide, perdue sur ces flots pour que je m’y précipite et me lance dans cet inconnu.

Parfois, on comprend mieux la raison subtile pour laquelle un diamant est aussi un solitaire.

 

                Alors que la nuit lacère son habit, fuyant l’inéluctable lumière aurorale et quand bien même quelques nuages têtus s’imposent, de longs rubans de brumes offrent au soleil un voile d’absolu à travers lequel les rayons dérangent le miroir de l’étang encore à peine éveillé, son eau rayée attendant le Cygne. Jeux de rouge-orangé, de bleu diaphane, comme des friandises offertes à cet instant, ce ne sont pas des secondes, ni du temps mais des arcanes sans cesse préparés par des Alchimistes au-delà des firmaments afin d’ouvrir les regards aux consciences désireuses de voir plus loin.

 

                Ils seront toujours de plus en plus nombreux à entrevoir l’autre possibilité de vivre en écartant les rideaux des fenêtres salies par des éclats de mensonges et tromperies mais n’empêchant nullement de voir plus loin, si tant est qu’ils osent Découvrant alors leur force, ou la Force, car celle-ci est unique, ils puiseront les premiers gestes dans les ouvrages sans poussière de leurs intuitions. Ayant auparavant butiné les fleurs de lumière, les enfants indigo, disséminés dans la liesse sauront comment proposer le nouveau miel.

 

                Au loin, la colline nue, décharnée, laisse entrevoir un immense bâtiment, laid de béton et barbelés autour duquel des meutes de chiens aboient leur mal-être. A l’intérieur, des lamantins obèses pataugent dans leurs liquidités, le portable à l’oreille ils sont à l’affût des cours de leurs investissements institutionnels sur les marchés obligataires. Ils ont tous le même phantasme : le triple A. Le swap cambiste est un de leurs jeux favoris, pris qu’ils le sont jusqu’au cou dans cet écheveau de liasses illusoires, n’ayant finalement pour seule ambition que de grossir leur masse graisseuse pour encore mieux flotter dans cette insoluble solution aux émanations putrides.

 

                Il a fui. Il a fui son village. Il a fui son pays, trop d’horreurs jonchant les fossés et les caniveaux. Il a fui. Il a fui son école. Il a fui les leçons, données comme on offre à celui qui rêve de voler un sécateur pour qu’il se mutile. Il a fui. Il a fui sa prison. Sa prison dans laquelle on le gavait de médicaments, de nourriture insipide et de non-respect abominable. Il est allé jusqu’au bout de son effort pour être encore une dernière fois spectateur d’une Aurore et déconcerté par cet opéra de silence et de couleurs au sein duquel il a deviné le Futur, il est resté sur Sa rive, s’est allongé les mains derrière la tête en suçotant un brin d’herbe, écoutant en son for intérieur le Chœur céleste lui offrir une inimaginable succession de cavatines, dévalant le ciel avec la joie d’un torrent. Le soir, à la brune, sa joie s’est muée en sérénité et il s’est immobilisé, le sourire incrusté sous les étoiles.

 

Les éclats de lumière écrivent un langage connu.

 

Michel Labeaume 29.08.20

 

               

                 

 

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