Marignan

1515 Marignan

Une pléthore de ploutocrates plutôt placides plaisantent sur la plèbe plombée par les taxes et les impôts et se plaignent sous une pluie d’infos négatives.

Ces plussoyeurs du Verbe Dominer ignorent pourtant être au bord du Néant dans lequel ils vont devoir jeter leur outrecuidance.

L’enfant s’est échappé du tableau noir. L’école buissonnière lui a d’abord procuré un fort sentiment de liberté jusqu’à ce que la fatigue le terrasse et qu’un sylphe le découvre endormi au pied d’un châtaigner et, tout en le couvrant de feuilles pour l’abriter du froid, il lui laisse dans son cartable un texte écrit sur un parchemin d’une texture admirable :  

- Je suis jeune et pourtant déjà si fatigué de cette Histoire où tout n’est que guerres, pouvoirs, conquêtes et massacres pour avoir l’ascendant sur d’autres peuples tout aussi conquistadors que leurs ennemis. Croire l’Histoire officielle, c’est croire des criminels sur parole (S. Weil). A la télévision, les secrets d’Histoire divulgués ne sont que des pages ridicules genre « Voici », auréolant princesses et princes, reines et rois, et tous les corbeaux tournant autour. Le paysan du Moyen-Âge essayant de vivre en survivant, travailleur infatigable pour nourrir sa famille a été projeté en avant par des faiseurs d’Histoire, engagé dans une croisade ou une autre guerre de pouvoirs qui vont faire la grandeur du pays. Cette grandeur, dites-moi, comment la mesurez-vous ? Au nombre de morts ? Ne sentez-vous pas quelque désaccord entre ces pages écrites par des laquais aux services du mensonge et la misère des peuples ayant enduré toutes ces souffrances ? Et qui seront pour auréoler ces mystifications, transmués en « Patrie », en « Héros ». Aujourd’hui, face aux avalanches d’informations qui finalement ne se résument qu’en ces quelques mots : nigauderie, foutaise, turlupinade, jobarderie, baliverne et autres conneries, l’anonyme, l’homme de la rue, celui qui ne dit rien est considéré tant par les dominants que les médias comme pâte à modeler au gré de leurs sournoises combines afin de se blanchir. Ils parlent de ce climat qui change. Ils disent qu’il y a danger. Ils continuent pourtant à crucifier l’humain sur le Golgotha des croissances et des ressources, creusant, fouillant, tel un lombric géant, une terre en proie à leurs griffes. Tout cela pour s’enrichir, être devant son voisin, tout en recevant ses représentants sur un tapis rouge et devant des flashs obséquieux. L’Histoire, Messieurs, l’Histoire future, s’écrira à travers la brume matinale baignée de rayons. A travers les brindilles de lumière jouant sur la surface de l’étang. A travers une Nature ayant recouvré la Beauté de son Vivant, tout cela grâce à des anonymes et des cris enfin entendus mais surtout écoutés. Et là, Messieurs, devant la page blanche de son épreuve d’Histoire, le moins doué des élèves sortira de sa mémoire l’éclosion de milliers de corolles, toutes aussi différentes les unes des autres et n’ayant qu’un seul but : Être et avoir le bonheur d’approcher leurs ainées, ces Fleurs de lumière au panthéon des firmaments.

Dehors, la brume du bois n’est plus, disparue dans les premières chaleurs matinales d’un automne de couleurs. Le cancre lève la tête. Il est le dernier. Il n’a même pas entendu le maître qui, debout derrière lui, achève la lecture de son devoir. Il ne lui donnera pas de note. Même, il le punira en le convoquant chaque jeudi après-midi pour discuter, parler de choses et d’autres tout en lui prodiguant des soins de bien-être par des paroles réconfortantes. Devenu vieux, l’instituteur aura toujours à cœur de sortir d’un tiroir cet écrit gravé pourtant dans sa mémoire et le relisant comme on se découvre si bien habillé quand c’est la sincérité et la grandeur d’âme qui font nos vêtements.

 

L’enfant rentra chez lui. Retourna à l’école et sans avaler tout cru les leçons des maîtres, il les écoutait avec ce sentiment de liberté ayant éclos un matin au pied d’un châtaigner. Il devint un marginal, un exclus, un paria, termes employés par les autres, prisonniers volontaires ou non, à l’intérieur de leurs enclos dont les fils de fer barbelés n’étaient faits de rien d’autre que de leur peur de ne pas oser.  

 

 

M.L.

 

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