Chant de naguère

Chant de Naguère

De l’ignorance et ses affluents, ils ont débarqué en nombre nourris de boniments. Aveuglés par les mensonges, ils n’ont vu que l’éphémère. Alors ils se sont faits conquérants, ont embarqué sur leurs galères des rameurs soumis avec aux pieds les fers de la force et de l’oubli. Affamés par les étendues nourrissantes de gloires et de puissances, ils ont exhorté les peuples à suivre leurs utopiques rêves de grandeur sur des routes de sang. Et ceux refusant d’embarquer, préférant se faire semeurs de blé ou troubadours d’un autre Monde ont fini cloués au pilori et raillés par des corbeaux tournant autour du trône des rois. Ils n’ont vu que l’éphémère. Ils n’avaient plus de foi. Que celle des possessions, des rapines et des fortunes accumulées jusqu’à en faire des montagnes et acclamant ceux parvenus à leur sommet. Salués par le vol noir des corbeaux au-dessus des palais, au-dessus des tombeaux. L’esprit semble être cette cellule de laquelle le détenu proclame sa liberté. Mais au-delà des limites, au-delà de l’éphémère il y a mille autres horizons, mille autres réalités. Simplement, il faut oser. Savoir que la Colombe se joue des feux de guerres et ses stupides atrocités. L’éphémère limite la vision, confortée par l’ignorance et la peur. Alors ils veulent en profiter. Ils courent, ils galopent, ils chevauchent des montures les conduisant droit dans le mur construit par des puissants.

Et pourtant l’Aurore leur délivre un message sans cesse murmuré par la lumière et la brise, et les couleurs du jour naissant, ce message qui est une invite à sublimer cette ouverture pour découvrir celle en soi. Et pourtant les vallées profondes, parsemées de brume, traversées par une eau sereine, des forêts et des champs, gonfle les poitrines d’un souffle de bien-être, et même pour certains d’un « peut-être ». Si seulement. Peut-être. Peut-être est-il encore temps. Et que dire des ces immenses prairies fleuries de mille couleurs. Sont-elles là pour étinceler les regards de leur pureté où bien pour y creuser des tombeaux. J’irai toujours jusqu’au bout du possible car je sais qu’arrivé là, une fenêtre s’ouvrira sur un autre indicible et je continuerai ainsi mon pèlerinage tout en dosant l’éruption de ma joie. Ce que l’humain contient en son for intérieur dépasse les confins de ses champs d’atouts. Ce Monde est finissant. Non qu’il va, avec tous ses vaisseaux et leurs chiourmes sombrer dans un Néant, mais il se termine car arrive ce Jour Naissant. Si tu penses que ta fortune, nabab t’a jusque-là fait grand, dis-toi bien que la vie n’en retient que le poids.

La lumière incertaine s’étire en longs rubans de soie. Sur le rivage, immobile, l’homme qui s’était dit peut-être sent en lui naître un germe de joie.

Le père revenu de la guerre est rentré de nuit. En fait, disons qu’il est rentré de naguère et voyant les étoiles, il leur a dit oui.

Elle est Russe. Il est Ukrainien. En fait disons qu’ils sont enfants de la Terre et du cœur du tonnerre ils entonnent Ton refrain.

 

 Michel Labeaume

06.06.22

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