Yemna

Yemna

C’est tout juste si elle répond ou sourit ou tourne la tête quand on prononce son nom, Yemna. Il faut dire que dans l’état où elle est, il ne lui reste à peine qu’un petite, une toute petite poignée de jours à survivre, à endurer tant bien que mal sa souffrance. On pourrait presque voir à travers son corps, ou ce qu’il en reste. Elle va quitter cette Terre heureusement sans savoir qu’à 1500 km, à Paris pour être exact, ville lumière, il y a des gens de pouvoir, des élus comme on dit, qui gagnent beaucoup d’argent et ont vendu des armes au pays de Yemna. Des armes qui l’ont faite orpheline, qui l’ont affamée. Affamée pendant que ces grands hommes de pouvoir vont la nuit se goinfrer dans des endroits secrets à près de 500 euros le repas. Heureusement que ce petit ange ignore tout cela. Ignore que dans ce beau pays qu’est la France, ces oligarques se vautrent dans la suffisance, la morgue et l’outrecuidance. Et comme ce beau pays est en pleine crise pandémique, ces gens là sont entourés d’un bataillon de médecins ayant quasiment le même mépris, corrompus par un monstre qu’on appelle Big Pharma. Ces gens de la Haute comme on dit, ne se mélangent pas. Ils vivent entre eux. Quand ils sont jeunes, on les envoie dans les meilleures écoles (soi-disant) et ils en sortent le visage auréolé de réussite et les dents acérées. Il arrive même qu’ils se dévorent entre eux. Ils se réunissent parfois au sein d’une association pour discuter du Monde, de leur avenir, surtout pour réfléchir comment berner le peuple tout en gardant le pouvoir. Il faut dire qu’ils sont assistés chaque jour par une Presse toute acquise à leur grande cause.  Ce qu’ils ignorent pourtant, c’est la Vie. Ils ignorent totalement ce qu’est la Vie. Alors ils se dépêchent pour être puissants et riches ; ils se dépêchent de vivre, se bâfrant jusqu’à dégouliner de gloriole, d’infatuation, leurs bajoues flasques tremblant de rires sardoniques après avoir retenu un rot suite à un verre de Vosne-Romanée à 100 euros la bouteille. Ils ignorent totalement le résultat inéluctable de leurs inconduites alors que toi, petite Yemna, c’est dans un lit d’étoiles que tu vas te réveiller, bercée par une musique au-delà de toute beauté, un peu comme un murmure sorti d’une Source dans un Firmament auquel personne encore n’a eu accès. Je sais que tu ne les jugeras pas, ces gens-là, ce n’est pas ton rôle, c’est le leur. Il ne faut pas les juger tout simplement parce que comme je l’ai déjà dit, ils ignorent tout de la Vie. La vie s’apprend aussi en rampant dans la fange. Et c’est au moment où l’on décide de se relever qu’on peut comprendre un peu, juste un peu, la Vie. Pour enfin sourire à la Création, encyclopédie de la Co-Naissance jamais fermée. Je t’embrasse Yemna.

Entre être invité à la Tour d’Argent et me payer un voyage au Yémen, le premier choix est un problème que le second résout. Plutôt qu’être servi avec des gants blancs et un respect droit, je préfère me pencher sur des mains squelettiques.

Michel Labeaume

8.04.21

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