Monologue du Mouvement

Monologue du Mouvement

                Pourtant à l’instant je suis invisible. L’instant, cet espace si mince que tout ce qu’il contient semble immobile. Rien. Néanmoins, tu ne le sais pas ou bien le refuses mais c’est là, en cet instant, un peu comme une pincée d’éternité prise dans le Chant de la Création et offerte, que frissonne le subtil de jouer en cet instant. Tes yeux ont oublié. Ton regard s’est desséché. Il n’a plus la candeur de celui qui marche à bras ouverts vers son horizon, vers son maître et qui à chaque pas enrichit sa connaissance. Laisse tes yeux ouverts. Ne fais pas de ton regard un sabre ou un fusil mais affûte-le. Prends-en soin. Pour m’admirer. Me boire. Jusqu’à l’enivrement si tu le veux. La joie ne donne pas mal à la tête. Tu me verras au plus profond de la houle toujours à danser, au gré des vents, au gré des souffles. Mon âme est née en une bousculade. Entre un désir immaculé et une offrande suggestive. Oui, il m’arrive d’être pris dans ces tempêtes. Qui puis-je. La Nature a sa loi. Telle cause, tel effet. Alors dans ces chapelets d’instants je m’abandonne, je danse en folie jusqu’à l’épuisement de cette houle où là je flâne en elle, caressant le sable. Le rivage est un piédestal d’où doit avancer le pied de celui qui ose. Oser. Mais ne te trompe pas. Je ne suis mouvement que dans le Don. Là où vous courez, là où vous vous précipitez avec vos cris comme bouclier, l’arme au poing, là où vous empressez d’accumuler, de vous empêtrer dans l’écheveau de vos déraisons, je suis absent. Je suis dans le sang qui circule en vous et non dans celui inondant vos caniveaux. Je suis au cœur de la dune et peux même la faire chanter afin d’offrir à mon ami le Silence ce qui va le souligner. Je ne suis pas dans l’aridité de vos jours. Je suis dans une brindille de lumière posée comme un fruit dans le feuillage et mûre à point pour celui qui, de son regard pourra me cueillir et en nourrir son âme. Je ne suis pas dans la lame de la scie coupant l’arbre où la chaîne immonde des tronçonneuses. Je ne suis mouvement que dans le Don. J’irai toujours me reposer dans une humble chaumière ou une masure ouverte à tous les vents car là je puis savourer la chaleur des êtres qui se serrent les uns contre les autres alors que vos châteaux, aussi grands puissent-ils être, sont l’image même du poids de l’immobile, de l’orgueil sénile des maîtres d’antan. Je suis dans la graine qui vient d’être semée. Je m’efforce, avec tout cet amour de vie, cette force innée, de parachever mon être jusqu’à la splendeur. Là où enfin, je pourrais dans la corolle offerte au firmament, recevoir la lumière qui me choie tant. Tu peux rétorquer qu’une vie de fleur est brève mais que sais-tu de la vie si ce n’est le peu de valeurs que tu lui donnes en te dépêchant de vivre avec la hantise de mourir. Quel gâchis ! Je suis dans la poussière qui jonche le sentier allant vers le sommet. Et à chaque sommet, ne parle pas de conquête je t’en supplie, parle d’étape franchie. Car ton voyage continue. Jusqu’à la prochaine montagne, la prochaine vallée, la prochaine rencontre avec des êtres comme toi qui ont le feu sacré dans les tripes, comme une explosion de joie qui couve. Je ne suis pas dans le regard des guerriers ni dans la hauteur des miradors. Je suis dans celui qui adore voler de ses propres ailes pour appréhender la Liberté. Dans la parole du menteur, je ne suis pas sur ses lèvres. Je me réfugie dans la vérité. Comme le poussin attend l’instant de l’éclosion. Je suis dans la volupté du violon jouant un prélude à l’aurore. Je ne suis pas dans le cor annonçant le trépas du cerf mais dans le luth racontant la sagesse millénaire, la lumière d’antan. Je ne suis mouvement que dans le Don. Je suis dans le cœur de celles et ceux qui descendent dans la rue, opprimés, trahis, trompés ; je m’élance à la face des immobiles en un cri de liberté. Non pour les abattre mais les faire bouger.  Je suis dans la brume de l’aube, encore enivré par les danses de nuit des lutins et des fées. Face à la haine allant jusqu’au sang versé, je me love dans le creux des poitrines un peu comme le Phoenix rejoint son aire, pour s’y abreuver de lumière et dans ce silence alors projeté au visage des sanguinaires il y a autant d’écrits que de paroles murmurées prises dans les mémoires akashiques pour exprimer l’instant de Vérité. Pour exprimer le réel dans mon Jeu et l’illusion dans le leur.

Je t’offre, lecteur, en te laissant liberté de rédiger une suite, quelques instants d’immobilité qui, une fois rédigée ta composition, te feront comprendre que les quelques minutes passées sur ta chaise sont ou seront prise d’élan. Afin de t’élancer, miraculé des tourments, vers le surprenant, le merveilleux, l’étourdissant et enfin te joindre à mon âme céleste et participer avec moi, au Grand Mouvement.

M.L. 24 octobre 2020

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