Vangelils

 

Vangelis

 

 

Je ramasserai les pierres de ta lapidation. J’en essuierai le sang pour y graver ton nom, homme de la rue. Je ramasserai la terre venue de ta tombe. Je ramasserai les armes au milieu des gravats pour les oublier dans la noirceur des catacombes. Tu me suivras, homme de la rue, tout imprégné   de désarroi. Et nous continuerons. A ramasser des cailloux ayant blessé, ayant tué. Mais également des bâtons ayant courbé tant d’échines. Nous ramasserons tout ce que les bourreaux ont saisi, jusqu’aux pointes de lances et même jusqu’aux cris. Cela sera notre labeur, homme de la rue. Tu pourras dire à tes sœurs et aux femmes battues qu’elles viennent se joindre à nous. Le chemin sera long et pentu. C’est avec le cœur qu’au sommet des sommets, nous pleurerons de joie en admirant la vue. Si tes enfants veulent se joindre à nous, je serai tellement heureux. Ils seront les guides du cortège. Et je vais te dire, homme de la rue, si le bourreau se sent de nous suivre, prends-lui la main car il va hésiter et dis-lui de marcher devant avec les enfants. Il tremblera d’ivresse et ce sera son baptême que de monter là-haut, au sommet du Renouveau. Il y aura des vieilles et des vieux sur le seuil de leur maison, les mains noueuses, auréolées de labeur, appuyées sur leur canne. Ce sera ton sourire, homme de la rue, qui les incitera à se lever pour marcher avec nous. La lumière dans tes yeux et dans ceux de tes compagnons sera aussi cette manne nourrissant vos âmes au seuil du Monde. En votre être sublimé une voix féconde, venue du silence, œuvrera à effacer vos maux, tous vos maux, afin d’y éparpiller des bribes de présence comme pour un parchemin à dérouler à chaque éveil. Nous irons dans toutes les nations perdues dans les déserts des incohérences, dans le puits de leurs illusions. Ils seront beaucoup à se lever pour nous suivre et beaucoup parmi eux, dès l’apparition du cortège, sauront d’instinct qu’ils n’attendaient que cet instant, sans y avoir pensé, ne serait-ce qu’une seule seconde auparavant. Il y aura des artistes en tout genre lâchant leur outil car au sommet tout est prêt, posé dans l’écrin des futurs œuvres, comme le tour du potier attend l’argile. Il y aura des scientifiques interloqués, l’ego secoué par la luminance de cette vérité, brandie invisible et pourtant si flamboyante. Il y aura des richissimes en limousine demandant au chauffeur de s’arrêter. Certains parmi eux descendront, abandonnant là leurs possessions, en devinant ce qui les attend là-haut, richesse des richesses, trésor universel dont la ferveur n’a jamais diminué depuis l’origine non-origine, depuis la source des vies. Il y aura des si pauvres qu’ils se lèveront quasi nus à notre passage, laissant derrière eux la misère à d’autres néants. Ils auront de quoi se nourrir. Personne dans cette procession ne connaîtra la faim, car quand j’ai préparé ce chemin, j’y ai semé avec le vent d’azur, des graines de fruits et d’autres denrées propres à revigorer. Tout cela cueilli dans mes rêves pour en faire une réalité. Il y aura des auras surdimensionnées et des rayonnements subtils venus d’autres mondes pour vous inviter.  Je ramasserai les lambeaux de discours des orateurs-trompeurs ; les coifferai du F de cette nouvelle Foi pour éclairer les étapes vers le devenir.  Les enfants-soldats se joindront à leurs compagnons d’âge, leurs petites mains calleuses d’avoir tenu durant leurs cauchemars tout ce poids de l’inutile propre à décimer redeviendront douces de caresser les espoirs bordant le chemin vers le sommet, corolles vivantes bercées par la brise. Je ramasserai le plus de maux possibles avec ton aide, homme de la rue. Toi qui as connu tant de souffrances et tant de mensonges et tant d’espoirs écrasés dans le sang, et tant de dignités jetées à terre sous les coups de fouets, c’est avec ton pardon, et celui de tous et celui de chacun que pourront émerger de cet océan d’âmes nouvelles le bien-être acquis, la vérité comme voilure et cette clairvoyante appréhension vers l’inconnu comme gouvernail. La grandeur de chacun d’entre vous ne pourra plus se séparer de la joie, du sentiment profond qu’en étant devenus serviteurs du royaume, vous devenez maîtres de votre destinée.

Et c’est arrivés au sommet, qu’avant de contempler, nous poserons à terre tout ce que nous aurons ramassé et en façonnerons un autel.  Ô, n’aura-t-il pas l’or et le clinquant des cathédrales que les senteurs mêlées de différentes vies et maints espoirs en donneront la valeur sublime qu’ont toujours su donner en filigrane les aurores des terroirs.

Alors seulement, nous pourrons contempler. Tout en nous étreignant et séchant nos larmes heureuses, l’horizon aux mille couleurs dévoilera sa beauté, nous attendant un peu comme une mère heureuse attend son enfant qui veut toucher du doigt la Création.

 

Michel Labeaume

 

11.06.20

https://www.youtube.com/watch?v=WYeDsa4Tw0c

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