Violence,
D’où vous est venu cet usage continu de la violence ? D’où est issu ce mépris du Peuple sitôt intronisés, sitôt couronnés. A peine détenez-vous ce pouvoir (qui n’est qu’un mirage) que déjà vous exigez, vous promulguez, allant jusqu’à la dictature, jusqu’à l’arbitraire, jusqu’à la menace, la condamnation, la torture. N’y-a-t-il donc que par votre véhémence, votre frénésie de diriger, votre impétuosité, votre fureur chaque jour alimentée par votre aveuglement autant que par votre méfiance que vous ne pouvez faire vivre votre pouvoir autrement, sans cesse alimenté comme des braises, comme des bûchers dressés sur la place publique pour montrer au peuple ce qu’il en coûte de vous désobéir. D’où vient cette ambition morbide de conquérir le pouvoir et, sitôt sur le trône, de menacer, d’exiger soumission, obéissance, docilité ? D’où vous vient cette jouissance secrètement ressentie en votre for intérieur, même si elle se devine dans vos regards, vos yeux de serpent ? N’y-a-t-il donc que par la violence que l’humain puisse exister ? N’y-a-t-il donc que par ces conseillers de l’Ombre, ces vautours qui, debout derrière votre trône, jettent un regard froid sur le misérable, le voyant déjà charogne, que vous pouvez gouverner ? Est-il à ce point difficile de s’entourer de gens sages, d’égéries de la lumière où considérez-vous ces préconisateurs comme inutiles, voire stupides, absurdes, irrationnels, extravagants ? les déconsidérant car votre puissance, votre pouvoir n’a besoin que de cette puissance, exacerbée à outrance, cette puissance qui a tracé la muraille de Chine, qui a sacrifié tant d’innocents, leur arrachant le cœur du haut de vos pyramides, tout cela pour des Dieux férocement exigeants, qui a génocidé des Peuples entiers, Amérindiens, Kurdes, Soudanais, Héréros, Tibétains, Arméniens, Russes, Ukrainiens. Vos étendards, vos drapeaux, bannières, gonfalons sont-ils orgueils ou linceuls tâchés de sang, du sang de millions d’innocents ? Aurez-vous un jour le pouvoir de regarder en face, de découvrir dans votre psyché ce dragon, ce serpent, cette monstruosité se repaissant de grandiloquence autant que de victimes insignifiantes et collatérales, ces enfants morts de faim, de souffrance ? Croyez-vous vraiment que l’Humanité a évolué depuis tous ces siècles endurés par ces Peuples et retournés, labourés par les sabots des chevaux puis des chenilles de chars ? Croyez-vous vraiment que l’Humanité a évolué, passant en quelques poignées d’années de la catapulte, du bélier,, de la bombarde au missile ultra moderne pouvant anéantir toute une nation, tout un Peuple, en seulement quelques secondes , Croyez-vous que l’Humanité approchant à petits pas vers la physique quantique alors qu’hier, elle condamnait au bûcher un Galilée, qui a découvert l’héliocentrisme et aussitôt condamné par cette inquisition, habitée du même pouvoir aveugle, puisse se déclarer évoluée ? Croyez-vous être puissants, gens de pouvoir, car entourés, protégés par des armées de sbires, faisant montre chaque jour de votre puissance, dévastatrice, criminelle et atrocement inhumaine ? Quand donc admettrez-vous qu’entre les 40 millions de morts de Gengis Khan et vos menaces nucléaires, il n’y a aucune évolution, absolument aucune. En l’espace de quelques siècles, vous êtes passés de l’épée à l’obus bio, au drone kamikaze, à l’ingéniosité de l’armement sans cesse fulgurante, sans discontinuer, sans un répit. Il faut se dépêcher d’être plus puissant que ce voisin, dites-vous, devant les caméras, ou du haut de votre balcon, ou vautré sur votre trône auquel s’accrochent toujours et encore ces vautours, ces instigateurs qui ne peuvent que vous conseiller la fermeté, l’autorité, l’absolutisme tant ils sont pénétrés de ce pouvoir aveugle, de cette prépotence inhumaine. Jusque dans votre quête de tout profit, votre acharnement à fouiller, creuser cette Terre pour en envoyer des centaines, des milliers d’enfants qui remontent du fond hagards, épuisés, se loge cette violence. Jusque dans votre économie, vos concurrences, vos OPA, vos conquêtes de marché, vos chiffres d’affaires, obnubilés par l’argent, se trouve, se loge cette même violence qui depuis quelques siècles n’a guère changé. Elle se plait bien, cette violence qui est ce serpent qui vit en vous et que vous nourrissez de vos déraisons. Dans vos yeux, vos discours, votre langue de bois, toujours ce même venin, le pouvoir pour le pouvoir, le paraître plutôt que le verbe être, l’avoir plutôt que le partager, le vendre et l’acheter plutôt que proposer, échanger. Et aujourd’hui un homme est mort, victime de cette même violence qui depuis des siècles perdure. Je me fous de savoir de quel bord politique il était. Il n’était qu’un être humain s’étant revêtu d’une couleur politique vociférée par vos ministres, vos conseillers, vos vautours, tous ces séides accrochés au pouvoir comme ces rémoras collés au ventre du requin ou ces morpions accrochés aux poils pubiens.
Le vrai pouvoir voyez-vous, pays riches, Europe, Etats-Unis, Chine et autres fonçant à vive allure pour dépasser l’autre, pris dans cette folle ruée autant dévastatrice que suicidaire, c’est s’arrêter de se précipiter, vers des illusions, vers un néant que vous aurez vous-mêmes creusé de par vos déraisonnables comportements. C’est s’arrêter sans y être contraint, sans y être obligé sous la menace de révolutionnaires qui ne feraient que prendre votre place et hop un autre chapitre pour l’Histoire, cloné sur un passé jonché de violence et de sang. Non, le vrai pouvoir c’est s’arrêter, sortir du bureau ovale, de l’Elysée, de tout palais présidentiel et aller à la rencontre de l’autre. Simplement, sans tribunal, sans TPI, sans jugement ni condamnation, simplement en humain, mais vraiment humain comme le sont ces petites gens qui chaque jour vont au champ, ou au bureau, ou à l’atelier, ou se levant la nuit pour façonner le pain, tous ces gens si simples qu’ils en sont merveilleux, merveilleux de simplicité. Par ailleurs, ne serait-ce pas cette simplicité qui vous heurte, allant jusqu’à la mépriser ? Et puis détrompez-vous, ils ont une ambition, ces gens, ce Peuple, ils ne sont pas des sans-dents seulement leur dentition ils l’entretiennent pour croquer dans le fruit, dans le pain, dans toute nourriture bienfaitrice et ne s’en servent jamais pour un sourire narquois, un regard en coin, un regard de puissant se dirigeant vers son palais où, derechef, entouré de ses conseillers-vautours il va rédiger un arrêté, un ordonnancement uniquement là pour serrer la vis à tous ces petites gens, ce Peuple qui subit, le dos courbé sous le joug des puissants, surveillé par des garde-chiourmes faisant claquer leur fouet, arrogants, car appartenant au pouvoir. Une derrière question avant d’aller dormir : Où avez-vous rangé, ou plutôt caché ce concept de démocratie ?
Mais quelle est cette ambition du Peuple dont tu parles, est-elle sortir de leur misérable condition, de leur pauvreté, avoir assez d’argent pour vivre décemment, est-elle cette ambition est-elle de prendre la place d’un homme de pouvoir, pour répéter les mêmes aveuglements, uniquement préoccupé par les mots choisis pour le prochain discours, en langue de bois, bien entendu, uniquement préoccupé par garder sa place le plus longtemps possible et le salaire, évidemment, j’allais oublier l’argent ! Cela doit être jouissif d’exiger du Peuple quelques sacrifices tout en palpant dans sa poche une belle liasse, bien épaisse. Non, décidément, gens de pouvoir, vous n’y connaissez rien à la vie, au Vivant. Vous ne faites qu’exister. Stupidement. Si vous êtes intéressés par ce que signifie vivre, allez à la rencontre de ces nomades, ces indigènes, ces petits Peuples qui vivent chaque jour vraiment. Et le soir, assis avec eux autour d’un feu, vous découvrirez ce qu’est vivre, être humain. Vraiment. Et vous ne reculerez pas, vous ne fuirez pas cet enfant qui veut s’asseoir sur vos genoux. Il va vous demander de lui raconter une histoire. Alors vous commencerez :
Il était une fois un homme de pouvoir….
Michel Labeaume