Le lac des Corbeaux

Lac des Corbeaux

La Bresse, Vosges. Avec mon épouse et une amie, Sabine, nous sommes au lac des Corbeaux, un lac glaciaire de 9 ha au milieu d’un écrin de verdure, entouré par les sapins. Nous sommes fin août, il n’y a pratiquement plus personne, alors que mon épouse et Sabine sont en pleine discussion, se remémorant des souvenirs de lycée, entrecoupés d’éclats de rire, j’ai soudain envie d’aller nager. Ni une, ni deux, je me mets en maillots de bain et dis :

Salut les filles je vais me baigner !

Fais attention !

Pas d’inquiétude ! Arrivé au bord de l’eau, je m’accroupis pour me mouiller la nuque. L’eau est fraiche. J’avance prudemment puis me lance en brasse. J’étire mon corps qui en a bien besoin, éprouvant un vif plaisir de nager, je me mets sur le dos et salue les filles sur la rive puis je me retourne et plonge. Bizarrement, je me sens attiré vers le fond aussi je descends quand brusquement je me sens entouré par quelque chose. En fait, je suis pris dans une bulle d’air. Et je descends toujours entraîné par quelque chose, j’essaie de voir mais la visibilité est quasi nulle quand apparait un visage puis un deuxième et ce sont douze visages qui m’apparaissent, douze visages de femmes aux cheveux longs et noirs. Elles me sourient, essaient de me rassurer, faisant des gestes d’amitié. Je remarque qu’il n’y a que leurs yeux qui les distinguent, l’une a les yeux verts, l’autre les a bleus, une autre a même des yeux de chat. J’arrive à distinguer leur corps, leurs corps de sirène qui ondulent si bien et m’entraînent vers le fond. Cela me semble durer des heures mais je ne peux rien faire d’autre que m’abandonner, me laisser envahir par une torpeur. Quand au bout de quelques heures, deux, trois, six, je ne saurai dire, la visibilité est meilleure, je remarque que l’eau semble plus pure, plus transparente alors que les douze sirènes dansent, ondulent autour de moi, m’offrent leur sourire et soudain j’émerge. Les sirènes alors me libèrent et me font signe de sortir de l’eau alors qu’elles replongent. Je nage jusqu’à la rive mais je ne suis pas au lac des Corbeaux, ça c’est certain, tant la lumière que le paysage sont autrement plus somptueux, majestueusement vivants. Une fois que j’ai pied, je me lève péniblement, ankylosé par cette longue plongée. Quand j’aborde sur la rive de sable d’or, mon regard va vers cette Nature foisonnante, opulente, avec ces arbres blancs, ces fleurs géantes qui diffusent un parfum de miel et de rose, et j’entends les pépiements de milliers d’oiseaux que je ne vois pas, je suis saisi par toute cette luxuriance. Quand arrivent, sortant de cette abondance, des femmes, comme les sirènes, avec de longs cheveux noirs et aux yeux de couleur lumineuse.

Bienvenue !

J’entends ce mot dans ma tête et je comprends. Elles utilisent la télépathie alors je réponds mentalement par un merci, un peu timide, un peu gêné. Je les suis. Nous pénétrons dans la luxuriance et je suis ébahi par tant de beautés, des étangs à l’eau si lumineuse qu’on voit presque le fond. Je comprends qu’ici rien n’est caché, tout est offert, tout est offrande. Nous passons sous des cascades qui chantent, nous longeons des ravins et quand je me penche, ce ne sont pas les ténèbres que j’aperçois, mais tout un réservoir de lumière chatoyante. Attention, me dit en pensée une des femmes, ne pas regarder trop longtemps, au risque de s’y lancer, attiré par cette puissance. Nous traversons des petites vallées agrémentées de prairies fleuries, de papillons géants, gros comme des corbeaux, aux ailes merveilleusement colorées. Nous longeons des rivières, des ruisseaux, nous croisons des sources, des milliers de sources chantant leur doux murmure, fait de fins clapotis, comme des applaudissements clairsemés. Je pensai : Tout est eau ici ! Oui me répondit en pensée la femme aux yeux de chat. Nous arrivâmes dans une clairière où étaient des bâtisses en verre, en cristal, je ne saurai dire. De la taille d’une simple case, elles offraient déjà l’accueil de par leur transparence. Arrivés au village, une des femmes m’invite à entrer dans une des bâtisses, un peu plus grande. Aussitôt à l’intérieur, je suis estomaqué par la grandeur de la pièce. Elle semble faire plus d’un hectare, tout en cercle. Nous nous asseyons autour d’un feu. On m’apporte de l’eau, des fruits et je ne dis pas non.

Qui êtes-vous, et où sommes-nous ?

L’une me répond, toujours par la pensée :

Dans un égrégore de Paix, installé sciemment par des prophètes il y a bien longtemps, plusieurs millénaires. Cet égrégore est là intentionnellement, diffusant des énergies salvatrices, des désirs de véritable Paix, des chants de douces harmonies. Celui-ci n’est pas l’unique, la Terre en est couverte, éparpillés aux quatre coins du Monde, mais aux lieux bien choisis, sélectionnés pour leur sérénité entretenue constamment par des Peuplades au fait du grand mystère.

Nous allons te faire visiter cet endroit, ce lieu sacré mais sache que nous ne pourrons pas tout visiter entièrement car tout comme l’éternité, cet égrégore connait une expansion continue. Note que ce n’est nullement un paradis comme vous les humains l’entendez, c’est un médicament, un soin, un pansement pour guérir ce corps Humanité, le sortir de son ignorance.

Et j’ai visité une toute pette partie de ce lieu majestueux, ce lieu où la Paix véritable se palpe vraiment, où la lumière est vivante. J’en pris plein les yeux, plein l’âme et le cœur vraiment. Quand, de retour au village, la femme aux yeux de chat me dit :

Les tiens doivent s’inquiéter ! il est temps de rentrer. Elle me prit la main et la retirant, je vis une chevalière à mon annulaire droit. Transparent comme du cristal, lumineux tout autant et contenant des mouvements d’arcs-en ciel, mais le bijou n’avait pas été glissé à mon doigt, il était une partie de mon doigt, la peau recouvrant un peu comme s’il avait toujours été là.

Quand au bout de plusieurs heures de marche, sans fatigue aucune, rien que du ravissement avec de temps en temps un chant offert en pensée par ces femmes, un chant à la fois langoureux, mystérieux qui me fit penser à « Novus Magnificat » de Constance Demby, nous arrivâmes à l’étang où m’attendaient déjà les douze sirènes. Dois-je vous dire adieu ou au revoir ? Dis-je en pensée à mes amies qui me répondirent :

On ne sait jamais, mais vois-tu la magie de la Création est telle que ses dimensions hallucinantes n’empêcheront jamais tout lien comme le nôtre. Nous avons beau être séparés par des milliers d’années-lumière que le lien sacré du verbe aimer nous reliera toujours, inlassablement.

J’entrai dans l’eau, plongeai pour être aussitôt entouré par mes amies les sirènes qui m’enveloppèrent dans une bulle d’air et hop ! nous voilà repartis, retour à l’envoyeur.

Au bout de plusieurs heures, envahi par cette même torpeur, j’émergeai sur la rive du lac des Corbeaux. Sur la rive opposée. Il faisait nuit, j’aperçus sur l’autre rive, sur la petite route au-dessus des gyrophares, une voiture de pompiers et des plongeurs sortant de l’eau ;

Alors je levai les bras et criai :

He Ho je suis là ! La lumière puissante d’un projecteur m’aveugla et je criai de plus belle, levant les bras. Un zodiac se mit à l’eau avec des pompiers et quand je débarquai sur la rive où m’attendaient mes sauveurs, mais surtout mon épouse qui se précipita sur moi en riant, en pleurant !

Mais qu’est- ce que t’as foutu ?

L’entourant de mon bras, je l’embrassai puis lui dis tout souriant :

Vive la Vie !

Les policiers me demandèrent de passer le plus tôt possible au commissariat pour raconter ce qui s’était passé. J’acquiesçai, devrais-je dire toute la vérité, rien que la vérité monsieur le juge ou devrai-je bonimenter. Pour l’instant je n’en savais rien, trop pressé de retrouver mes amis de St Amé, Sabine, Jean-Pierre, Nathalie, Nelson  et Jessica et Bernard, ne pas oublier Bernard ! Dans la voiture conduite par Sabine, Christine à côté se tourna vers moi encore toute retournée par cette longue nuit d’angoisse.

Qu’est-ce que t’as là au doigt ?

Je lui montrai ce cristal qui faisait dorénavant partie de mon corps et lui dis :

Regarde bien, approche-toi, tu verras danser les couleurs de l’arc-en-ciel et parfois, c’est toute la Voie Lactée que l’on peut contempler. Tu verras, je te montrerai.

Michel Labeaume

Date de dernière mise à jour : 20/04/2026

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