Conte à rebours

Conte à rebours

 

         Je n’étais rien. Puis jaillit une étincelle venue du fin fond des âges. Je devins flamme. D’autres étincelles, d’autres flammes et nous fûmes des milliers. Que dis-je, des milliards ! Ce fut un incendie d’amour. Chacune de nous se nourrissant de la vie de l’autre ; et l’autre de l’autre…Ainsi du puissant Silence la parole s’élança en un flambeau tenu par l’Un-visible. Le Néant se combla d’étoiles et de firmaments. D’étincelants royaumes surgirent ici et là. Peu importe les distances qui les séparaient, ils savaient par quoi ils étaient liés. De la Loi, l’unique Loi retenue, ils puisèrent le sceau : Croissez ! Le Vivant comblait les vides au-delà de l’horizon. Les mémoires étaient creusets d’Amour dans lesquels l’expérience et la sagesse puisaient leur nourriture. Mais derrière, loin derrière, traînait un Monde qui, par sa lourdeur creusait des ornières. S’enlisait. Fille de sillons ! Sors de ton champ ! Et la voix fut entendue. Et la voie se déroula au-devant priant instamment cette Humanité de rejoindre le Chœur, d’entonner le nouveau chant. Parcourir ces immensités d’œuvres éternelles au gré des envies, des joies et des cœurs s’ouvrant en corolles et offrant ainsi à la Vie une multitude de parfums, de senteurs aussi puissantes qu’un volcan. L’ivresse tua l’ivraie. Les larmes noyaient les deuils dans le flamboiement de l’éternité. On vit des anciens pliés sous le poids des ans pleurer comme des enfants. On vit des éclopés, des criminels, des assassins, des terroristes, des fourvoyés, des corrompus hésiter un court instant avant de se lever et entamer leur pèlerinage. On vit des êtres sans âge sourire à leur passage et les encourager d’un simple regard à continuer. On vit la Nouvelle Humanité.

Papy, j’ai fait un rêve magnifique !

C’était quoi ? dit le grand-père en caressant la tête de l’enfant.

Euh…Je te le raconterai un jour.

Je le connais déjà, petit amour, dit le grand-père en souriant.

 

La petite se leva, prit la main de son papy et ils allèrent rejoindre ces milliers d’enfants qui tenaient la main des grands, tout ce joli monde marchant sur la Voie, guidé par une étincelle jaillie du fin fond des âges.

 

M.L.

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