Parenthèse

Une parenthèse

 

Il est là, l’instant. Comme posé au creux d’une main géante et offert au promeneur heureux de s’être levé si tôt. Les derniers lambeaux de nuit s’éparpillent dans les limbes d’une éternité secrète, mystérieuse à souhait. Pinsons, rouges-gorges, merles et verdiers sont hérauts de cette aube, robe nouvelle habillant dame Nature. Photographier, c’est d’abord se lever, se nourrir de ces arcanes enchanteurs oscillant entre la nuit qui s’échappe et le jour naissant se glissant ici et là. Brise et fraicheur sont témoins du mariage, de la grande noce du Temps, la Noce de la Création.  Au non-hasard de ses rencontres, de ses marches sans fatigue, le photographe attentif ne voit plus, il regarde, ne sent plus, il goûte, et se délecte de ce que la lumière peut offrir à chaque tournant. Et de rencontrer cette jeune femme, avec son appareil photo, guettant aussi bien les oiseaux que les écureuils, de se lier d’amitié, admirer ses superbes clichés ajoute à la richesse du matin. Un autre larron arrivera en chemin. Michel, papy à la pipe paisible, parcourant en quelques mots posés ses souvenirs parcheminés dans l’écrin de sa mémoire, spécialiste en microbiologie, agréable partenaire de bavardages et Isabelle, enseignante pleine d’allant, un peu anarchiste et ce n’est pas pour nous déplaire, longue et fine comme un roseau, qui discute, parle, se plie au gré des conversations amicales sans jamais se séparer d’une joie souriante. Et bien sûr, le jour suivant, nous voilà tous réunis, untel ou unetelle ayant apporté croissants, pains au chocolat, café et c’est une vraie famille vivant ses belles heures. Matinée vivante, au milieu des sitelles, étourneaux, mésanges, pinsons et j’en passe, matinée vivante ô combien avec ces écureuils cascadeurs, fous d’énergie, fous de vie, guettant l’instant où Sylvia, comme à son habitude, sort des noix et les pose sur une souche. Elle est d’ailleurs la seule pouvant approcher la jeune mère écureuil. Les petits sont encore distants. Sur l’étang, les grèbes se font la parade, spectacle chorégraphique merveilleux alors qu’un peu plus loin, la poule d’eau grimpe dans l’arbre pour y parfaire son nid. A la surface de l’eau, sans ride, miroir si l’en est, de longs rubans de brume glissent silencieux. Le canard mandarin a remis son beau costume tout de couleurs même si sa dame ne vient plus depuis quelques temps. Et les canetons de quelques jours, pleins d’entrain, n’en finissent pas de donner du fil à retordre à la maman.

Le seul stylo capable de créer cela sur le grand livre de la Vie n’est rien d’autre que le Silence et l’encre c’est son Energie qui le remplit. Chut ! Ne dites rien, vous participez ainsi de cet étincelant moment d’équanimité de l’âme.

Quelle mouche vous a piqué pour vous voir vous envier, vous massacrer, vous espionner, vous trahir, vous dominer alors qu’il suffit d’être ensemble pour admirer la beauté qui nous entoure et de se dire que l’Essence-Ciel n’est-il pas là dans ces aubes ?

Ils s’égarent dans l’horreur – Je me noie dans l’Aurore !

 

 

M.L.

 

 

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