Le Seuil

Le Seuil

 

 

                Méfie-toi du journal lu chaque jour. Aucune araignée n’a de toile aussi bien faite. Choisis ce quotidien qui s’ouvre à l’aurore et que tu refermes chaque soir. Tu en es à la fois le rédacteur et le contemplateur. Méfie-toi de ceux qui bien droits dans leurs bottes, votent parce qu’il faut voter, sont végétariens agressifs, ne vont pas au bistrot et applaudissent les discours sans les comprendre. Choisis cet homme comme ami, celui-là qui, au bar du coin, balance sa souffrance en brèves de comptoir faisant rire la salle entière levant son verre à cet instant joyeux. Méfie-toi de l’Officiel, il est ce chien de berger travaillant sans relâche afin que tu ne t’égares pas en quittant le troupeau. Ose, ami, ose sauter la clôture et t’enfoncer dans une luxuriance de Nature qui t’offrira maintes paraboles et contes merveilleux par cette âme enfin ouverte au sein de ton être et ayant soif de merveilleux. Méfie-toi des costumés dernier cri, au visage hâlé comme il se doit, méfie-toi de l’apparence (appât rance) qui cache trop d’ego jamais rassasié. Ecoute et aime ce chanteur, ce poète vrai comme un grand cœur qui bat, cet être qui pleure cette humanité vautrée dans sa boue, cet être souvent à genoux, voire à terre, assommé par l’alcool. Il a su rester enfant et c’est cet enfant qui souffre de ne pouvoir trouver la clé et qui en attendant, sublime dans ses textes un Amour latent, une vraie vie, un vrai Mouvement. Il est, celui-là, celui-là avec bien d’autres une âme royale voulant offrir sa couronne mais il ne trouve personne capable de la porter alors il la casse, la met en miettes et va, en tenant la main de son enfant, l’offrir aux pigeons qui remercieront en un vol de liberté. Méfie-toi de ces paix signées au bas d’une page. Le chiffon qui va essuyer la table sur laquelle elles ont été libellées sera rempli de non-dits qui iront rejoindre la nuée des autres tus dans une atmosphère déjà trop pénétrée de toxique. Méfie-toi de ceux qui jettent la pierre. Tout projectile a son effet boomerang. C’est la Loi. Méfie-toi de la rivière aurifère. Elle peut devenir un bain de sang. Choisis plutôt ce ruisseau où les pierres font frémir des brins de lumière au gré de son chant. Méfie-toi de l’Histoire. Ecrite par des chasseurs, elle n’a cure de ce Vivant qui palpite dès lors que leurs dates affichent leur grandeur cachant des horreurs et maints autres tourments. Méfie-toi du découragement. Son aigreur est inhumaine et conduit inlassablement à la lourdeur d’un renoncement. Méfie-toi de ce que tu viens de lire. Il pourrait s’agir d’une ruse, d’un appeau tenu par le Silence pour t’approcher de ta Renaissance, t’offrir à franchir le seuil et t’admirer à contempler les joies et les folies d’audace et de beauté qui jusque-là, enfouies dans ton cœur ne pouvaient germer, attendant l’unique larme de ton émoi pour s’ouvrir à l’Aimant.

 

M.L.

7.12.19

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