Calypso

Calypso

 

 

L’on se congratule et les mains sur les épaules amies et les sourires éclatants de sincérité, de bonheur, font la une des journaux. Le grand nettoyage de l’océan de la liberté vient enfin de se terminer. La pollution y aura vécu. On ne trouve plus d’anguilles de la Finance. Elles ont achevé leur ultime existence dans l’amer des sarcasmes.  On ne trouve plus de requins des pouvoirs, ces grands requins  blancs qui œuvraient leurs basses besognes toujours entre deux eaux. Une des luttes les plus longues et  difficiles aura été celle d’éradiquer la voracité des piranhas immobiliers. Les derniers sont morts dans d’atroces souffrances après avoir dévoré des boulettes de cupidité empoisonnées…Et que dire de ces rémoras, si nombreux  à se coller aux uns et aux autres  susnommés, cherchant par tous les moyens possibles à se faire une place au soleil. Disparus. Le dernier a été vu collé encore vivant sur le lourd corps mort d’une baleine échouée, un puissant cétacé du CAC 40. Et que dire des espadons,  ces furieux enragés et au sabre à la lisse lame voulant la mort de tous ceux qui ne suivaient pas leurs idées. Fini, et avec eux les barbues.  La lutte aura été  âpre. Mais à présent, on peut dire que ces monstres ont vécu. On a laissé libres morues et maquereaux, souvent liés par le travail mais pas bien pollueurs et pas bien méchants. Sur les longues plages de sable immaculé, les nettoyeurs fatigués s’embrassent, assis face au Ponant à se satisfaire éminemment contents d’avoir achevé la grande œuvre du temps, pour accéder à l’éternité. Poissons-scies, requins-marteaux, on aura utilisé avec efficacité maints outils du cru, puisés dans la grande boîte à outils et n’attendant que cette occasion pour être avec les dépollueurs.  La cérémonie de sacre va commencer. Le saint-pierre va bénir l’assemblée. On a arrêté les turbots qui étaient le moteur de l’acharnement. Tout ce joli monde s’apprête à fêter l’événement. Cette histoire ne manque pas de sel mais elle prouve seulement qu’avec beaucoup de certitude et de cohésion, la seule pollution pouvant nuire à tous les poissons quels qu’ils soient, cette concupiscence exacerbée à l’outrance, n’a de valeur  face à une Force d’Amour, que celle d’une coquille vide encore collée à l’épave des écumeurs et tueurs d’humanité.

 

                                                                                  M.L.

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