Les naufragés

Les naufragés

 

                               J’avais les traits tirés par le grand Destinateur, la mine défaite, en papier mâché, l’encre déversée dans cet immense océan des incertitudes, soulevé par la peur et le sang des servitudes. Au fond de cet abîme, les dieux lourdauds, posés hideux sur cette contre-olympe crachant des feux ignobles sur les naufragés perdus, secoués par la houle et des vagues dantesques. J’étais de ces errants, même toi mon ami, même lui que je ne connais pas et tous ceux levant les bras, secouant leurs lambeaux, pavillons de détresse, sous des cieux noirs zébrés de foudre. J’étais l’égo imbriqué dans ce naufrage attendant l’éclaircie. Le Présent soudain l’offrit. Ne jamais mesurer le temps passé sous la tempête quand, à l’horizon, à la limite des noirceurs, monte la clarté d’un Un connu, drapeau blanc signifiant la fin des abus. Alors de radeaux en radeaux, d’épaves en épaves, un Salut magnifié dans l’unicité des peuples perdus. Réunis enfin sur cette houle assagie, devenant une mer nouvelle pour enfin sourire à cette aube naissante, et peut-être même un peu pleurer, oh juste quelques larmes de joie accompagnées de dauphins sautant hors de l’eau. Opéra nouveau, opéra des clameurs, le ciel brise sa noirceur, et la clarté s’étend comme on pose une nappe, une nappe sur une nappe animée par des peuples éveillés, des rires aux larmes, qu’ils se nomment Pierre ou Aadil, Derya ou Asima, qu’importe le prénom, chacun se nomme ivresse dans cette aura de liesse, porté par la main de l’Un connu qui doucement se retire en souriant aux bienvenus. Au fond, tout au fond de l’abîme, les dieux lourdauds sont devenus patauds. L’aphasie monte acide comme un relent ; ils se regardent hébétés, comme se ferme une fleur au crépuscule, au firmament des étoiles majuscules scintillent de plus belle. On peut enfin y apercevoir Déméter, plongeant une main dans sa besace et offrant à l’Humanité cette nouvelle semence pour nourrir le Verbe aimer. Les rivages immaculés patientent encore un peu, les murmures de la joie leur parvenant des lèvres d’écume et sur une Terre à nourrir de beauté, Héra sourit de cette planète féconde prête à recevoir la couronne d’une Humanité ayant jeté ses oripeaux pour se vêtir de la lumière des Mondes. Lecteur, joins ton Silence à ma faconde, ils seront cette œuvre qui se veut prélude à l’ Eternité.

 

M.L.

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